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Les 7 juristes (fuqahâ) de Médine et leurs biographies

Avr 8, 2014

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Le Shaykh Muhammad Abû Zahrâ° (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son ouvrage consacré à l'Imâm Mâlik :

 

" Etant donné que 'Umar [Ibn Al Khattâb] a été suivi dans son ijtihâd par la plupart des Compagnons de son temps et qu'il était aussi particulièrement conseillé par certains, comme 'Alî, Zayd [Ibn Thâbit], Ibn Mas'ûd, Ibn 'Abbâs, et d'autres parmi les Compagnons du Prophète (), celui qui rapportait la pensée de 'Umar rapportait donc en même temps la pensée de ces derniers, et les rapporteurs de sa pensée étaient, entre autres, son fils ['Abdu Llâh], ainsi que Zayd à Médine. Les savants retinrent alors 7 noms parmi les juristes (fuqahâ) qui transmirent sa pensée et le suivirent dans ses méthodes. Ils décidèrent qu'ils étaient les épigones dont il fallait conserver la mémoire et qui étaient les dépositaires de la science de Zayd, de 'Umar, de son fils et de 'Âïshah : à savoir Sa'îd Ibn Al Musayyib, 'Urwah Ibn Az Zubayr, Al Qâsim Ibn Muhammad, Khârijah Ibn Zayd, Abû Bakr Ibn 'Abd Ir Rahmân Ibn Al Hârith Ibn Hishâm, Sulaymân Ibn Yasâr et 'Ubaydu Llâh Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Utbah Ibn Mas'ûd. "

 

Al Qâdî Shams Ud Dîn Ibn Khallikân (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son Wafayât Ul A'yân :

 

" Les 7 juristes de Médine vivaient à la même époque et c'est à partir d'eux que la science et les décisions juridiques se répandirent à travers le monde. Un savant a réunit leurs noms à travers les propos suivants : " Si l'on affirme qu'il y a 7 puits de science en matière de religion dont la transmission ne s'écarte pas du savoir, alors dis que leurs noms sont : 'Ubaydu Llâh, 'Urwah, Al Qâsim, Sa'îd, Sulaymân, Abû Bakr et Khârijah. " […] Ils furent désignés sous l'appellation des " 7 juristes " car leur habilitation a délivrer un avis juridique leur fut donnée par des Compagnons du Prophète () et qu'ils furent ainsi connus publiquement en tant que jurisconsultes (mouftis). "

 

Et le Shaykh Abû Zahrâ° a dit aussi :

 

" Ces 7 juristes, et ceux qui étaient du même rang intellectuel, furent à l'origine du droit médinois, édifié sur les avis juridiques (fatâwâ°) des Compagnons du Prophète () qui les avaient précédés, ainsi que l'analogie entre les verdicts des cas pour lesquels ils ne trouvaient pas de fatwâ° déjà existante. Ils pratiquaient l'ijtihâd dans de nombreux cas, mais dans le cadre déjà fixé pour la jurisprudence des Compagnons, et sans s'engager dans la casuistique des Irakiens [1]. "

 

Il est donc généralement admis que ces 7 grands juristes de Médine sont :

 
-  Sa'îd Ibn Al Musayyib.

'Urwah Ibn Az Zubayr Ibn Al 'Awwâm.

Abû Bakr Ibn 'Abd Ir Rahmân Ibn Al Hârith Ibn Hishâm.

Al Qâsim Ibn Muhammad Ibn Abî Bakr As Siddîq.

-  'Ubaydu Llâh Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Utbah Ibn Mas'ûd.

-  Sulaymân Ibn Yasâr.

Khârijah Ibn Zayd Ibn Thâbit.

Mais le Shaykh Muhammad Abû Zahrâ° précisa :

" Nous avons déjà dit à propos de Mâlik qu'il comptait plutôt Sâlim [Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Umar Ibn Al Khattâb] et Abû Salamah [Ibn 'Abd Ir Rahmân Ibn 'Awf] parmi les 7 juristes et qu'il excluait Abû Bakr Ibn Al Hârith Ibn Hishâm et 'Ubaydu Llâh Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Utbah Ibn Mas'ûd. Certains excluent également Sulaymân Ibn Yasâr. De ce fait, il n'est pas raisonnable de limiter à 7 le nombre de ceux qui ont transmis la jurisprudence des Compagnons, car nombreux étaient ceux qui étaient éminents [...]

 

 

Nous devons dire que ces juristes ne se limitaient pas toujours à la simple transmission, mais commentaient également la jurisprudence des salaf et donnaient une opinion lorsqu'ils ne trouvaient pas un récit du Prophète () ni des Compagnons, élaborant à partir de ce qui étaient connu des jugements du Prophète. Certains se sont surtout intéressés à la science du hadîth comme 'Urwah Ibn Az Zubayr, tandis que la plupart des autres s'étaient orientés vers l'émission d'avis juridiques et le droit (al iftâ° wa al fiqh).

 

 

C'est ce qui nous fait dire que le droit de l'interprétation personnelle (ar râ°î) [2] tenait chez ces juristes une place particulière, même si la transmission y jouait un rôle important. Quant à la différence entre Irakiens et Médinois, elle résidait dans le fait que les premiers pratiquaient également l'iftâ° pour des questions relevant de l'hypothèse, tandis que les seconds s'intéressaient uniquement à des cas réels, appliquant leur fiqh d'interprétation personnelle aux fatâwâ° des Compagnons dûment transmises, ainsi qu'aux jugements du Prophète ().

 

 

Puis ils transmirent leur fiqh à Ibn Shihâb, Rabî'ah et ceux de la même génération, qui eux-mêmes le transmirent à Mâlik. Ses maîtres étaient donc tantôt orientés vers le droit de l'interprétation personnelle, comme Rabî'ah et Yahyâ Ibn Sa'îd, et tantôt vers le hadîth comme Ibn Shihâb.

 

 

On ne sera donc pas étonné de constater la place singulière accordée au râ°î dans le fiqh de Mâlik. "

 

 

Notes :


[1]  La casuistique est un domaine traitant des cas de conscience, des faits n'ayant pas réellement existé mais dont on imagine l'éventuelle existence future et le fiqh à appliquer si jamais de tels faits survenaient. Les savants Irakiens s'attardèrent beaucoup sur cela.


[2]  Le terme « râ°î » (رَأْي) désigne l'opinion personnelle du juge. Le juge choisit alors soit la solution qui lui semble la meilleure lorsque aucune indication n'a été fournie par les quatre premières sources (que sont le Coran, la sunnah, le consensus et l'analogie), cette pratique étant appelée al istihsân (اِستِحسان) ; soit celle qui répond au principe d'utilité générale, qui est une pratique appelée al istislah (اِستِصلَح).