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Le baise-main en Islâm (Mâlik Ibn Anas, Ahmad Ibn Hanbal, An Nawawî...)

Fév 3, 2014

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De nos jours, nombreux sont ceux qui critiquent le baise-main fait à un savant, un saint ou un descendant du Prophète () en jugeant cet acte illicite et en taxant d'innovateur le malheureux qui s'y adonnerait, tandis qu'ils ne voient aucun problème à le faire pour honorer leur mère ou leur épouse. Si une frange des savants est d'avis que cet acte est interdit, la majeure partie d'entre eux l'autorise, sous condition. Il est donc important de respecter les divergences sur ce sujet et de ne pas avoir la critique facile et acerbe sur ceux qui ne seraient pas d'accord avec l'avis que nous aurions choisis de suivre.

 

 

Concernant l'école malikite par exemple, l'Imâm Mâlik Ibn Anas (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est détestable (makrûh) d’embrasser la main d’un homme pour signifier sa grandeur [sociétale]. Par contre, il est permis de le faire en raison de sa position rapprochée de Allâh sur le plan de la religion, ou de son érudition ou de sa grandeur d’âme. " [Ibn Hajar Al 'Asqalânî – Fath Ul Bârî].

 

 

Et le Shaykh Sâlih Al Âbî Al Azharî Al Mâlikî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est détestable (makrûh) de baiser la main ou tout autre membre d'une personne en la saluant, à moins qu'il ne s'agisse du père ou d'un shaykh (maître spirituel ou scientifique), ou encore de quelqu'un dont on espère la bénédiction. Dans ce cas, il n'y a pas de mal à le faire. Pour Ibn Battâl et d'autres, l'avis prépondérant du madh-hab [mâlikî] stipulerait le contraire. " [Sharhu Muqaddimat Il 'Izziyyah].

 

 

Ces avis sont basés sur le célèbre récit rapporté par les spécialistes du hadîth, mentionné notamment par Al Hâfiz Ismâ'îl Ibn Kathîr Ash Shâfi’î (qu'Allâh lui fasse miséricorde) qui a dit :

 

 

" Lorsque 'Umar Ibn Al Khattâb arriva en Syrie, il fut accueilli par Abu 'Ubaydah [Ibn Al Jarrâh] et les chefs de l'armée tels que Khalîd Ibn Al Walîd et Yazîd Ibn Abî Sufyân. Abû 'Ubaydah descendit de sa monture et 'Umar en fit autant. Le premier s'apprêta (Abû 'Ubaydah) à embrasser la main du second ('Umar) mais celui-ci ne voulut pas qu'un homme aussi prestigieux le fasse. Aussi, l'un et l'autre se prirent les paumes de la main et les serrèrent. " [Al Bidâyah Wa An Nihâyah].

 

 

C'est pourquoi, lorsqu'on demanda à l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal (qu'Allâh l'agrée) si le baise-main était autorisé, ce dernier répondit :

 

 

" Il n'y a aucun inconvénient si cela se fait sur le plan de la religion. Abû 'Ubaydah embrassa la main de 'Umar Ibn al Khattâb. Par contre, il n'est pas permis de le faire quand il s'agit d'affaires mondaines. " ['Abd Ul Qâdir 'Îsâ – Fadâ°il Udh Dhikr].

 

 

D'ailleurs l'Imâm Ahmad, ainsi que les Imâms At Tirmidhî, An Nasâ°î et d'autres, rapportèrent que Sayyidunâ Safwân Ibn 'Asan (qu'Allâh l'agrée) a dit :

 

 

" Un juif dit à son ami : " Allons voir ce Prophète ! " Ils sont donc allez lui rendre visite. Ils l'ont interrogé sur sept versets clairs. Après avoir été satisfait de la réponse, ils embrassèrent sa main et son pied et dirent ensuite : " Nous témoignons que tu es le Messager d'Allâh. ". "

 

 

Al Hâfiz Abû Dâwud (qu'Allâh lui fasse miséricorde) rapporta aussi d'après Sayyidah Ummu Abbân (qu'Allâh lui fasse miséricorde) qui rapporta que son grand-père Sayyidunâ Zarî' du clan des 'Abd Ul Qays (qu'Allâh l'agrée) a dit :

 

 

" Nous nous sommes mis l'un derrière l'autre à embrasser la main et le pied du Messager d'Allâh. "

 

 

Et il existe de nombreux récits de compagnons du Prophète et de salaf (qu'Allâh les agrée) qui embrassaient les mains et même les pieds des personnes pieuses et nobles à tel point que l'Imâm Muhyi-d-Dîn An Nawawî Ash Shâfi'î (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Les actes de nos pieux prédécesseurs relatifs à ces convenances sont trop nombreux pour être cités (…) de manière exhaustive. " [Kitâb Ul Adhkar].

 

 

A titre d'exemple, l'érudit hanbalite Abu-l-Farâj Ibn Al Jawzî As Siddîqî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il convient à l’étudiant de faire preuve d’une grande humilité devant le savant […] Cette humilité peut s’exprimer par le baise-main de son maître. Ainsi, Sufyân Ibn 'Uyaynah embrassa la main de Al Husayn Ibn 'Alî Al Ja'fî et Fudayl Ibn 'Iyâd embrassa son pied. " [Manâqib As-hâb Il Hadîth].

 

 

Concernant les avis des savants des autres écoles juridiques, on peut mentionner ce qu'à dit l'Imâm As Sayyid Muhammad Ul Amîn Ibn 'Âbidîn Al Husaynî Al Hanafî (que La Paix d’Allâh soit sur lui) sur le sujet :

 

 

" Il n'y a aucun inconvénient à embrasser la main d'un érudit et d'un homme pieux en guise de bénédiction. On dit que c'est une sunnah. Ash Shurunbulâlî a dit : " J'ai appris que plusieurs ahâdîth recommandent cet usage, comme l'a indiqué Al 'Aynî. ". " ['Abd Ul Qâdir 'Îsâ – Fadâ°il Udh Dhikr].

 

 

Al Imâm An Nawawî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit quant à lui :

 

 

" Embrasser la main d'un homme pour son ascétisme, sa bonté, sa science ou sa grandeur d'âme etc font partie de la religion. Ce n'est pas un acte détestable (makrûh). Au contraire, il est fortement recommandé (mustahabb). Par contre, si embrasser la main a pour objet d'honorer un homme en raison de sa fortune ou de son rang social élevé, cela est très détestable. " [Kitâb Ul Adhkar].

 

 

Voici donc la jurisprudence sunnite concernant cet acte.