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Statut juridique du toucher et du port du Coran en état d'impureté rituelle (Al Muwaffaq, Ibn Rushd, Mâlik Ibn Anas...)

Fév 2, 2014

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* Définition du Mus-haf :

 

 

Le Mus-haf est défini par la majorité des savants comme étant l'exemplaire intégrale du Coran en langue arabe. Pour les hanafites, toute portion du Coran est considérée comme étant définie par le terme " Mus-haf ", même un seul verset. Une divergence existe en leur sein pour savoir si le support sur lequel serait écrit ce verset est lui aussi considéré comme Mus-haf, ou si seulement le verset en tant que tel mérite cette qualification.

 

 

* Du toucher du Coran :

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah Al Maqdisî Al Hanbalî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Seul le purifié peut toucher le Mus-haf. Cela concerne le fait d'être pur des deux états d'impureté rituelle (mineurs et majeurs). Ceci fut rapporté de Ibn 'Umar, Al Hasan [Al Basrî], 'Atâ°, Tâwûs, Ash Sha'bî et Al Qâsim Ibn Muhammad [Ibn Abî Bakr], et ceci est l'avis adopté par Mâlik, Ash Shâfi'î et les praticiens de l'interprétation [1]. Nous ne connaissons personne qui a divergé sur cela si ce n'est Dâwud [Az Zâhirî], qui utilisa comme preuve le fait que le Prophète () avait écrit un verset au sein d'une lettre destinée à l'Empereur Romain [2]. Al Hakam et Hammâd permirent de le toucher avec l'extérieur de la main, car c'est de l'intérieur de la main dont on se sert habituellement pour toucher, et donc l'interdiction viserait seulement cette partie et aucune autre [selon eux]. " [Al Mughnî].

 

 

Et Al Qâdî Abu-l-Walîd Ibn Rushd Al Hafîd Al Mâlikî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Est-ce que l'état de pureté rituelle est une condition obligatoire pour pouvoir toucher le Mus-haf ? Mâlik, Abû Hanîfah et Ash Shâfi'î affirment que cela est une condition obligatoire pour pouvoir toucher le Mus-haf, tandis que les zâhirites affirment que non. La cause de leur divergence est la compréhension différente de la Parole de L'Exalté : " Ne le touche que les purifiés " (56 :79), à savoir si cela fait référence aux êtres humains ou aux Anges, et si cette déclaration implique une interdiction ferme ou bien une simple recommandation.

 

 

Ceux qui pensent que le terme " les purifiés " s'adresse aux êtres humains et interprètent la déclaration comme une interdiction affirment qu'il n'est permis à personne de toucher le Mus-haf, si ce n'est pour ceux en état de pureté rituelle. Ceux qui pensent qu'il ne s'agit que d'une simple recommandation et interprètent le terme " les purifiés " comme faisant allusion aux Anges affirment qu'il n'y a aucune indication dans ce verset stipulant que l'état de pureté rituelle est une condition obligatoire pour toucher le Mus-haf. De plus, [selon ces derniers], étant donné qu'il n'y a pas de preuve significative dans le Livre et la Sunnah, le sujet doit être abordé à travers la règle juridique stipulant la non-obligation [d'une chose tant que rien ne figure dans le Qur°ân et la Sunnah à ce sujet de manière claire], ce qui fait que cela est permis.

 

 

La majorité argumenta son avis en se basant sur le hadîth de 'Amr Ibn Hazm où " le Prophète () écrivit : " Seuls les gens en état de pureté rituelle peuvent toucher le Qur°ân ". " Ce hadîth de 'Amr Ibn Hazm est discuté parmi les savants concernant l'obligation de devoir œuvrer en conséquence [de ce hadîth], étant donné qu'une erreur d'écriture s'y serait immiscée [selon ceux qui rejettent ce hadîth], bien que j'ai vu Ibn Al Mawwaz le déclarer authentique (sahîh) étant donné qu'il fut rapporté par des rapporteurs dignes de confiance et qu'il s'agit bel et bien d'une lettre du Prophète (). [3] Et la même chose a été dite concernant le hadîth que rapporte 'Amr Ibn Shu'ayb d'après son père le rapportant de son grand-père, tandis que les zâhirites les rejettent.

 

 

Mâlik fait quant à lui une exception dans le cas des pré-pubères qui toucheraient le Mus-haf sans être purifiés, étant donné qu'ils n'ont pas atteint l'âge de la puberté [et donc de la responsabilité religieuse]. [4] " [Bidâyat Ul Mujtahid].

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Concernant le verset que le Prophète () écrivit [dans sa lettre destinée à l'Empereur Romain], il fit cela avec l'intention de correspondre, et il n'est pas interdit de toucher un verset inclus dans une lettre, un livre de droit ou ce qui est semblable, et un livre ne devient pas un Mus-haf à cause de sa présence, ni aucune sacralité ne s'établit pour cela. Si cela était établi, alors il serait interdit de le toucher avec l'ensemble des parties du corps, car toute partie du corps est considérée de la même manière que la main. Quant à l'opinion disant que le toucher est restreint à l'intérieur de la main, elle est incorrecte. Si un objet entre en contact avec un autre objet, cela est considéré comme un toucher [et il en va de même pour le corps humain]. " [Al Mughnî].

 

 

* Du toucher du Mus-haf en état d'impureté rituelle mineure pour l'apprendre ou l'enseigner :

 

 

Al Imâm As Sayyid Ahmad Ibn 'Ajîbah Al Hasanî Al Mâlikî (que La Paix soit sur lui) a dit :

 

 

" Aussi, Mâlik autorisa à l'enseignant de toucher le Qur°ân même s'il n'a pas les petites ablutions [et se trouve donc en état d'impureté rituelle mineure], ceci afin de lever la difficulté [qui se trouve dans le fait de refaire constamment les ablutions dès qu'elles sont perdues]. " [Bahr Ul Madîd Fî Tafsîr Il Qur°ân Il Majîd].

 

 

Et le Shaykh Sâlih Al Âbî Al Azharî Al Mâlikî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est permis de toucher les tablettes qui servent à l'enseignement du Qur°ân, sans ablution, aussi bien pour l'enseignent que pour l'élève. Cette permission se généralise à tout élève qui apprend le Qur°ân, même en état de menstruation, mais non en état d'impureté rituelle majeure suite à un rapport sexuel (janâbah). Il est permis à l'élève [en état d'impureté rituelle] de toucher un exemplaire tronqué du Qur°ân, même s'il est pubère. La même règle s'appliquant à l'élève qui apprend le Qur°ân s'applique au fidèle qui veut réciter le Qur°ân en raison de la difficulté qu'il éprouve à le faire de mémoire. Dans le texte, le terme précis " exemplaire tronqué " laisse penser qu'il est interdit pour l'élève pubère de toucher le Mus-haf. Cet avis est considéré par Ibn Yûnus comme étant prépondérant (mash-hûr) auprès des savants. Selon Ibn Bishr, il est loisible pour l'élève de toucher le Mus-haf, par accord des savants sur la question. Ce derniers avis, en plus de son unanimité contestée, reste à un degré moindre selon ce qui est communément admis, et ne vaut pas celui de Ibn Yûnus stipulant l'interdiction. " [Sharh Muqaddimat Ul 'Izziyyah].

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est également permis d'étudier [le Qur°ân] avec un bâton et de le toucher avec, comme aussi d'écrire le Mus-haf avec sa main sans pour autant le toucher. En ce qui concerne l'étude avec un tissu, il y a deux narrations [de l'Imâm Ahmad sur le sujet]. Une narration, telle que déduite par le Qâdî [Abû Ya'lâ °], stipule que toucher [le Mus-haf] avec un tissu et que le porter avec un lien n'est pas permis, étant donné qu'il y a quand même un toucher malgré la présence du tissu. Mais l’avis le plus juste est que cela est permis, car la prohibition s’applique au toucher, et transporter n’est pas toucher. " [Al Mughnî].

 

 

* Porter le Coran :

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est permis de le porter avec des liens (comme un sac), ceci est l'opinion de Abû Hanîfah, et rapportée aussi de Al Hasan, 'Atâ°, Tâwûs, Ash Sha'bî, Al Qâsim, Abû Wâ°il, Al Hakam et Hammâd. Quant à Al Awzâ'î, Mâlik et Ash Shâfi'î, ils interdisent cela. Mâlik a dit : " Ce que j'ai entendu de mieux est que l'on ne porte pas un Mus-haf avec un lien ou avec un tissu si ce n'est en état de pureté rituelle, non par crainte qu'il ne le souille, mais juste par vénération pour le Qur°ân. " Ils argumentent par le fait que la personne légalement responsable (mukallaf) et celle en état d'impureté rituelle mineure qui voudrait porter le Mus-haf n'est pas autorisée à le faire étant donné qu'elle le touche en le portant. Notre opinion [au sein de l'école hanbalite] est qu'elle ne le touche pas directement, donc cela n'est pas interdit, tout comme le fait de le transporter dans nos bagages. Ceci car l'interdiction concerne le fait de le toucher directement, et le porter n'est pas le toucher, donc l'interdiction ne concerne pas cela. Leur analogie est donc fausse. Le sujet fondamental concerne le toucher, et il n'y a pas de dérivé. Il n'y a pas non plus de Textes particuliers concernant le fait de le porter, donc il n'est pas correct d'utiliser un tel argument. Donc ceci étant dit, si quelqu'un le porte avec un lien ou avec quelque chose disposé entre lui et le [Mus-haf]qui ne le composait pas lors de sa vente, cela est permis, comme nous l'avons mentionné. " [Al Mughnî].

 

 

L'Imâm Mâlik Ibn Anas (qu'Allâh l'agrée) a dit :

 

 

" Un homme qui n'est pas en état de pureté rituelle ne doit pas porter le Qur°ân en l'enroulant [avec du tissu ou autre], ni le poser sur un coussin [ou autre part], et si cela était permis, alors il aurait été permis de le porter dans un sac. Et cela n'a pas été interdit suite au fait que celui qui le porte pourrait éventuellement avoir quelque chose sur ses mains qui pourrait souiller le Qur°ân, mais uniquement à cause de son état d'impureté rituelle, par respect pour le Qur°ân et pour la vénération qui lui est porté. Ce verset : " Seuls ceux qui sont purifiés peuvent le toucher " (56:79) est ce que j'ai entendu de mieux à ce sujet et est de la même teneur que les versets qu'on trouve dans la sourate 'Abasâ, où Allâh (qu'Il soit béni et exalté) dit : " Et bien non ! Le Qur°ân est un rappel qui s'adresse à tout homme qui veut en méditer le sens ! Il est gravé sur des tables vénérées, sublimes et purifiées. Il est gardé par des Anges nobles et de toute pureté. " (80:11-16). " [Al Muwattâ°].

 

 

Al Imâm As Sayyid Mahmûd Al Âlûsî Al Husaynî Al Hanafî (que La Paix soit sur lui) a dit :

 

 

" De même, il ne faut pas prendre le Qur°ân avec les mains si des impuretés sont visibles sur elles, c'est totalement interdit. " [Rûh Ul Ma'ânî].

 

 

Al Imâm Muhammad Ush Shâfî' Al 'Uthmânî Al Hanafî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Si le Qur°ân se trouve enroulé d'un tissu cousu ou qui y est rattaché de façon permanente par un quelconque procédé, il n'est pas permis - selon les 4 écoles - pour une personne impure de le toucher sans ablutions. Cependant, si le Qur°ân est couvert par quelque chose qui ne lui est pas rattaché de façon permanente, une personne en état d'impureté rituelle peut, selon l'Imam Abû Hanîfah, le toucher sans être purifiée. Cependant, selon les Imâms Mâlik et Ash Shâfi'î, une personne en état d'impureté rituelle n'est pas autorisée à le toucher avant d'avoir accompli ses ablutions. Et si une personne porte un vêtement, il ne lui est pas permis de toucher le Qur°ân avec ses manches ou sa jupe s'il est en état d'impureté rituelle. Cependant, il peut le toucher avec un tissu ou une feuille de papier. " [Ma'ârif Ul Qur°ân].

 

 

Quant à la personne en état d'impureté rituelle majeure, l'Imâm Badr Ud Dîn Ash Shawkânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Et il a été transmis que quiconque se trouve en état d'impureté rituelle majeure n'est pas autorisé à toucher le Qur°ân. Ceci fait l'objet d'un consensus parmi les savants. " [Nayl Ul Awtâr].

 

 

* Concernant la personne ne trouvant pas d'eau pour se purifier :

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Si quelqu'un se trouve en état d'impureté rituelle mineure et souhaite toucher le Mus-haf mais ne dispose absolument pas d'eau, il lui est permis de le toucher en procédant à l'ablution sèche au préalable. Et la personne en état d'impureté rituelle mineure qui procède aux ablutions [classique] en ne lavant que certains membres compris dans l'ablution, alors il ne lui sera pas permis de le toucher tant qu'elle n'aura pas complété ses ablutions, car elle ne sera pas purifiée avant de les avoir terminées. " [Al Mughnî].

 

 

* Concernant les traductions, les exégèses coraniques, ainsi que les ouvrages et autres supports contenant des extraits du Qur°ân :

 

 

Al Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

 

" Il est permis de toucher les livres d'exégèse coranique, de jurisprudence et autres contenant des versets du Qur°ân, ainsi que les courriers. La preuve de cela est que le Prophète a inclus un verset dans sa lettre destinée à l'Empereur Romain, et elle n'a ni été appelée Mus-haf, ni une quelconque sacralité ne lui a été attribué suite à cela […] Concernant les monnaies sur lesquelles des versets y seraient inscrits, il existe deux avis. Le premier interdit [de la toucher en état d'impureté rituelle], et cela est l'école juridique de Abû Hanîfah. Mais selon 'Atâ°, Al Qâsim et Ash Sha'bî, cela est déconseillé (makrûh), car le Coran qui y est inscrit l'est comme pour le papier. L'autre avis dit que cela est permis car elle n'est pas appellé " Mus-haf " et donc que le cas est similaire au livre de jurisprudence. En outre, il est difficile de l'éviter, comme dans le cas des tablettes utilisées par les enfants [qui apprennent le Qur°ân]. " [Al Mughnî].

 

 

Al Imâm Abu-l-Ikhlâs Ash Shurunbulâlî Al Hanafî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit quant à lui :

 

 

" Être ablutionné est obligatoire pour toucher un Mus-haf, et même lorsqu'un verset est inscrit sur une pièce ou un mur, compte tenu de la Parole d'Allâh (qu'Il soit exalté) : " Ne le touche que les purifiés ", il en va de même pour la partie inscrite comme pour l'espace vide [du support sur lequel le verset est inscrit]. Certains parmi nos savants ont toutefois déclaré que ce qui est détestable au point d'entrainer l'interdiction n'est que le fait qu'une personne rituellement impure touche l'endroit même où le texte est inscrit, et non pas l'espace vide [du support où le verset est présent], car dans ce cas précis, la personne ne touche pas le Qur°ân en tant que tel. Mais la position la plus juste est que le fait de toucher l'espace vide est semblable à toucher le texte lui-même. " [Marâqîy Ul Falâh].

 

 

Et le Muftî Muhammad Ibn Âdam Al Kawtharî Al Hanafî (qu'Allâh le bénisse) a dit :

 

 

" En se basant sur cela, si une application du Qur°ân est activée et que des versets apparaissent sur l'écran d'un i-Phone, d'un PC ou d'autres appareils électroniques, il n'est pas permis de toucher l'appareil sans être ablutionné. " [Daruliftaa.com].

 

 

Adoptant le second avis, le Shaykh Faraz Ar Rabbânî Al Hanafî (qu'Allâh le bénisse) a dit quant à lui :

 

 

" Tout ce sur quoi un verset du Qur°ân ou plus est écrit est considéré comme un Mus-haf, il est donc interdit de toucher directement cette chose sans être ablutionné. Et si du Qur°ân est écrit entre d'autres écrits et que cet autre écrit est en plus grand nombre que le Qur°ân, il est seulement permis de toucher les endroits où il n'y a pas d'écrits coraniques. " [Islamqa.org].

 

 

Et Allâh sait mieux ce qu'il en est.

 

 

Notes :

 

[1] Ahl ur ra°î : il s'agit des juristes d'Irak dont le point central du savoir était Kûfah. Cela comprend l'école hanafite ainsi que ceux qui se réclament notamment de la jurisprudence des Compagnons 'Alî Ibn Abî Tâlib et 'Abdu Llâh Ibn Mas'ûd.

 

[2] Ce dernier étant chrétien, il ne pratiquait donc aucune forme de purification rituelle particulière.

 

[3] Ce hadîth est mursal. Il fut cependant authentifié par Al Hâkim Abû 'Abdi Llâh, Abû Hâtim Ibn Hibbân et Abû Bakr Al Bayhaqî.

 

[4] Les savants malikites ont statué que cela est déconseillé (makrûh). Al Manûfî a dit dans sa Muqaddimah : " Il est détesté que les enfants touchent l'exemplaire intégral du Qur°ân sans ablution. "