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L'exil de Mulay Idrîs vers le Maghreb et son assassinat (At Tabarî)

Oct 24, 2014

moulayidriszerhoun

En réponse à l'hostilité grandissante des Abbassides à l'encontre des Alides et des discriminations dont ils étaient l’objet depuis l’avènement de Mûsâ Al Hâdî au pouvoir, une partie de la Famille du Messager d'Allâh () et nombre de leurs pratisans décidèrent de se révolter contre le pouvoir en place. Dirigés par Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Al Hasan Ibn Al Hasan Ibn Al Hasan Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib, ils prirent le contrôle de la région de Médine, puis combattirent le pouvoir en place à Fakhkh, non loin de La Mecque, le 8 dhu-l-hijjah 169 H. (15 juin 786). Cette bataille fut une défaite cinglante pour les troupes anti-gouvernementales où nombre de descendants du Prophète () périrent. Quelques uns d'entre eux réussirent à s'échapper, dont le célèbre fondateur de la dynastie Idrisside en Occident Musulman : Idrîs Ibn 'Abdi Llâh Ibn Al Hasan Ibn Al Hasan Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib, qui s'exila loin du Hijâz à la demande l'Imâm Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Al Hasan.

Dans son Târîkh Ur Rusul Wa-l-Mulûk, l'Imâm Abû Ja'far At Tabarî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) transmit un rapport sur cela de la part de 'Abdu Llâh Ibn 'Abd Ir Rahmân Ibn 'Îsâ, petit-fils de 'Îsâ Ibn Mûsâ Ibn Muhammad Ibn 'Alî Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Abbâs (prince Abbasside contemporain de l’évènement, qui était le neveu et le bras droit de l’ancien Calife Abû Ja'far Al Mansûr Muhammad Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Alî Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Abbâs).

L'Imâm At Tabarî a dit ainsi :

" La fuite de Idrîs Ibn 'Abdi Llâh Ibn Al Hasan vers l'Occident et sa fondation de la dynastie Idrisside au Maroc :

'Abdu Llâh Ibn 'Amr Ath Thalji nous rapporta de Muhammad Ibn Yûsuf Ibn Ya'qûb Al Hâshimî que 'Abdu Llâh Ibn 'Abd Ir Rahmân Ibn 'Îsâ a dit :

" Idrîs Ibn 'Abdi Llâh Ibn Al Hasan Ibn Al Hasan Ibn ‘Alî Ibn Abî Tâlib s’échappa de la bataille de Fakhkh qui eut lieu sous le califat de Al Hâdî.

Il gagna l’Egypte. A ce moment, l’agent d’Etat responsable du système postale en Egypte était Wâdih, un esclave affranchit sous tutelle de Sâlih, fils du Commandeur des croyants Al Mansûr, et Wâdih était un vil rafidite. [1]dih permit donc à Idrîs de bénéficier des convois du service postal afin de le transporter vers les contrées occidentales. [2] Il atteignit la région de Tanger dans une ville appelée Walîlah [3], et les Berbères de ce lieu et des environs se rallièrent à sa prédication. Suite à cela, Al Hâdî fit décapité Wâdih et suspendit son cadavre [afin de le faire pourrir aux yeux de tous]. On dit aussi que c’est Ar Rashîd qui le fit exécuter, et qui ensuite, envoya secrètement As Shammâkh Al Yamâmî, un esclave affranchit sous tutelle de Al Mahdî, comploter contre Idrîs, et qui envoya en même temps une lettre de recommandation pour [Ash Shammâkh] à Ibrâhîm Ibn Al Aghlab, son gouverneur en Ifriqiyyah.

Ash Shammâkh poursuivit son chemin jusqu'à Walîlah, où il déclara être un médecin et qu'il était un de leurs partisans. Il se mit alors au service de Idrîs, de sorte que ce dernier en à lui être familier et à lui faire confiance. Ash Shammâkh commença à lui témoigner ostensiblement un grand respect, à soutenir sa cause et à l'honorer. Il pu ainsi rester à ses côtés à chaque étape de ses voyages. Puis, à un moment donné, Idrîs se plaint à Ash Shammâkh de maux de dents. Ash Shammâkh lui donna alors ce qui était supposé être un médicament avec lequel il devait se frotter les dents, et qui était en fait un poison mortel. Il lui demanda de le frotter juste à l’aube, après avoir passé la nuit. Ainsi, à l'aube, Idrîs prit le dentifrice et commença à le frotter dans sa bouche, de manière répétée et énergique, ce qui le tua. [4]

Une battue fut ensuite conduite afin d'attraper Ash Shammâkh, mais il ne fit pas retrouvé. Ash Shammâkh réussit à rejoindre Ibrâhîm Ibn Al Aghlab et lui rapporta ce qu'il avait accompli. La nouvelle de la mort de Idrîs arriva bien après l'arrivée de Ash Shammâkh. Ibn Al Aghlab écrivit ensuite à Ar Rashîd concernant toute cette affaire, et ce dernier nomma alors Ash Shammâkh comme responsable de la poste et des services secrets en Egypte. "

Un certain poète, Al Hinâzî il me semble, déclama à propos de cet évènement : " Imaginiez-vous, ô Idrîs, que vous puissiez échapper au calife et que cet envol était d’une quelconque utilité ? Car elles (les ruses du calife) allaient assurément vous rattrapez, à moins que vous ne rejoigniez un pays où même une outarde [5] juvénile ne peut pourrait mener les gens vers vous. En effet, lorsque sa colère dégaine les épées, celles-ci sont élancées, tandis que les vie s'avèrent courtes face à elles. C'est un monarque, et c'est comme si la mort suivait inexorablement ses ordres, ceci à tel point que les gens disent : " Même le destin lui obéit ! " . ". "

Fin de citation.

Notes :

[1]dih est un des ancêtres du célèbre historien de tendance chiite : Ibn Wâdih Al Ya’qûbî. Dans la terminologie abbasside de l'époque, un rafidite n'était pas forcément un imamite qui maudissait Abû Bakr et 'Umar, il s'agissait d'un terme péjoratif global désignant tous ceux qui soutenaient le fait que 'Alî était le plus apte au califat et que sa descendance était la plus légitime pour régner sur les musulmans.

[2] Al Kindî rapporta aussi dans son Kitâb Wulâti Misr (p.131-132) que le gouverneur abbasside d’Egypte ‘Alî Ibn Sulaymân facilita également la fuit de l’Imâm Idrîs.

[3] Il s’agit de la capitale de l’ancienne province romaine de Mauretania : Volubilis, qui était depuis longtemps en déclin suite à la chute de Rome et vivait en quasi autarcie. A l’arrivée de l’Imâm Idrîs, la ville était majoritairement peuplée de musulmans suite à la conversion progressive des autochtones Romano-Berbères à l’Islâm, ainsi que de l'installation de quelques Arabes.

[4] Ceci eut lieu au cours du mois de muharram 175 H. (Juin 791).

[5] Définition du Larousse : Gros oiseau (otitidé) à fortes pattes, au vol lourd, bon coureur, au plumage cryptique.