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Muhammad Ibn Ja'far Ad Dîbâj - محمد بن جعفر الديباج (d.203)

Jan 12, 2014

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Al Hâfiz Shams Ud Dîn Adh Dhahabî a dit dans son Siyar A'lâm In Nubalâ° :

 

 

" Muhammad Ibn Ja'far As Sâdiq Ibn Muhammad Al Bâqir Ibn Zayn Il 'Âbidîn 'Alî Ibn Al Husayn Al 'Alawî Al Husaynî Al Madanî, Abû Ja'far, le seigneur des Hâshimites de son temps. Il était surnommé Ad Dîbâj (le drap de soie). Il est le frère de Mûsâ Al Kâzim, dont on ne connaît personne de plus méritant et ayant autant de prestance.

 

 

Il rapporta le hadîth de son père ainsi que de Hishâm Ibn 'Urwah [Ibn 'Abdi Llâh Ibn Az Zubayr]. Rapportèrent le hadîth de lui : Muhammad Ibn Yahyâ Al 'Adanî, Ya'qûb Ibn Kâsib, Ibrâhîm Ibn Al Mundhir Al Hizzâmî et bien d'autres.

 

 

Il était un seigneur inspirant la révérence, une personne dotée d'une intelligence remarquable et un chevalier courageux. Il était qualifié pour l'Imamat. Il eu de nombreux frères.

 

 

Lorsque le gouvernement abbasside était en ébullition suite aux évènements majeurs qui se produisirent [à cette époque], dont l'assassinat [du calife] Al Amîn, du siège de Baghdad ayant duré une vingtaine de mois et la destitution de Al Ma°mûn par les autres abbassides, Muhammad a appelé les gens à lui et fomenta une rébellion à La Mecque. On lui prêta allégeance en l'an 200, tandis qu’il était bien âgé. Au même moment, Abû Ishâq Al Mu'tasim était en train d'accomplir son pèlerinage. Il mobilisa alors toute une armée pour le combattre et le captura. Abû Ishâq ne lui fit aucun mal mais l'escorta [pour le transférer] à Baghdad. "

 

 

Les sunnites l'honorent, les zaydites le comptent comme un des leurs, tandis que les chiites imamites (rafidites) le détestent. L'une des autorités du rafidisme, Muhammad Bâqir Al Majlisî, rapporta dans son livre intitulé Bihâr Ul Anwâr (vol.37, p.15) que le Shaykh Al Mufîd a dit :

 

 

" Cependant, Muhammad Ibn Ja'far se révolta par l'épée après [l'imamat de] son père et appela à son propre imamat, adoptant le titre d'Emir des croyants (amîr ul mu°minîn) alors qu'aucun de ceux qui se soient révoltés parmi les descendants de Abû Tâlib n'avait jusque là porté ce titre. Il n'y a aucune divergence au sein des chiites imamites que quiconque adopte un tel titre après l'Emir des croyants ['Alî Ibn Abî Tâlib] a commis un grand péché, alors comment un homme de ce genre pourrait-il être sur la sunnah du Messager () ? "

 

 

Comme rapporté plus haut, l'Imâm Muhammad Ad Dîbâj se révolta, et ceci sans demander l'accord du prétendu Imâm infaillible de l'époque par qui tout doit soit-disant passer, qui était à cette époque 'Alî Ar Ridâ. Il se proclama Imâm à suivre et prit le titre d'Emir des croyants au mépris des prétentions imamites fabriquées de toutes pièces. Et en réalité, l'Imâm Muhammad Ad Dîbâj est loin d'être le seul à avoir agis de la sorte, comme l'oncle de son père par exemple, à savoir l'Imâm Zayd Ibn 'Alî Ibn Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib, qui avait agi exactement de la même manière. Qu'Allâh l'agrée.

 

 

Et à travers les propos du Shaykh Al Mufîd, qui est l'une des grandes figures du rafidisme, nous voyons combien ce noble descendant du Prophète () n'est à leurs yeux qu'un innovateur et un grand pécheur, ce qui ne fait que confirmer ce que clament les sunnites à l'encontre du chiisme imamite, à savoir que ce n'est ni la doctrine des Ahl Ul Bayt, ni un héritage de leur part, ce que démontre bien la vie de l'Imâm Ad Dîbâj.

 

 

Dans son Târîkh Ur Rusul Wa-l-Mulûk, l'Imâm Abû Ja'far Ibn Jarîr At Tabarî décrivit la révolte qu'il mena, comme suit :

 

 

" Lorsque Al Husayn Ibn Al Hasan [Al Aftas Ibn 'Alî Ibn Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib] et les membres de sa famille qui l'accompagnaient virent comment l'attitude des gens avait changé à leur égard - à cause de leurs agissements [lors des révoltes anti-abbassides], qu'ils reçurent la nouvelle de l'exécution [du général controversé de l'armée des Ahl Ul Bayt] Abu-s-Sarâyâ, de l'expulsion des Tâlibides résidant à Kûfah, Basrâ et autres régions irakiennes [d'où ils avaient mené leurs révoltes] et de la reprise du contrôle de ces territoires par les 'Abbassides - ils se rassemblèrent, comme un seul homme, autour de Muhammad Ibn Ja'far Ibn Muhammad Ibn 'Alî Ibn Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib. Ce dernier était une vénérable personne, d'une nature très pacifique, très aimé des gens dans leur ensemble et complètement éloigné des piètres activités dans lesquelles des gens de sa famille s'étaient empêtrés. Il occupait son temps à transmettre des enseignements religieux qu'il tenait de son père Ja'far Ibn Muhammad, les gens consignant ensuite ces connaissances issues de ses enseignements. Il mettait en avant le bon comportement et l'ascétisme. Ils lui dirent : " Tu es probablement conscient de la haute considération que te portent les gens, appelle-donc à toi publiquement et nous te prêterons assurément allégeance en tant que Calife. Si tu fais cela, même pas deux personnes ne discuteront ton statut. " Néanmoins, il refusa d'accéder à leur requête. Son fils 'Alî Ibn Muhammad Ibn Ja'far et Al Husayn Ibn Al Hasan Al Aftas insistèrent alors jusqu'à ce qu’'ils finissent par persuader le vieil homme d'aller à l'encontre de son jugement bien meilleur, et qu'il tombe d'accord avec leur vision. Ils le présentèrent donc le vendredi 6 rabî' ath thânî, après la prière. Ils lui rendirent hommage en tant que Calife, et tous les gens, comprenant aussi bien les résidents de La Mecque que les voyageurs temporairement présents, se rassemblèrent autour de lui comme un seul homme et lui prêtèrent allégeance, bon gré mal gré, et s'adressèrent à lui par le titre d'Emir des croyants. Il possédait ce statut et cette marque de respect durant quelques mois, mais n'en avait que le titre et n'était pas pleinement détenteur du pouvoir, car son fils 'Alî, Al Husayn Ibn Al Hasan et un groupe parmi leurs partisans, se comportaient le plus mal du monde et s'adonnaient à de bien mauvaises choses [qui étaient contraires à ses directives et qu'ils n'arrivaient pas a contrôler].

 

 

[…] Peu de temps s'écoula avant que [le gouverneur abbasside et cousin du calife Al Ma°mûn] Ishâq Ibn Mûsâ Ibn 'Îsâ [Ibn Muhammad Ibn 'Alî Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Abbâs] ne sorte du Yémen et jusqu'à atteindre Mushâsh. Les 'Alides seréunirent alors autour de Muhammad Ibn Ja'far Ibn Muhammad et lui dirent : " Ô Emir des croyants, Ishâq Ibn Mûsâ se dirige vers nous avec une armée dotée aussi bien d'une cavalerie que d'une infanterie. Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il fallait creuser une fosse et des remparts autour des endroits les plus élevées de La Mecque et que vous devriez vous montrer publiquement afin que le peuple vous voit et prenne les armes à vos côtés. " Ils envoyèrent aussi des messages afin de s'assurer du soutien des tribus situées aux alentours et leur verser leur solde. Puis, ils construisirent la fosse et les remparts autour de La Mecque et pouvaient ainsi combattre Ishâq Ibn Mûsâ de derrière eux. Ishâq engagea une bataille contre eux qui dira plusieurs jours, mais devint peu enclins à continuer à se battre et faire durer la bataille, prenant finalement la route pour l'Irak. En cours de route, Waraqâ Ibn Jamîl et sa garde rapprochée, ainsi que ceux qui l'accompagnaient parmi les forces de Al Julûdî, rencontrèrent Ishâq et lui dirent : " Retourne à La Mecque avec nous et nous conduirons ce combat vers une issue favorable pour toi ! " Il retourna donc sur ses pas en leur compagnie jusqu'à arriver près de La Mecque, et fit une halte à Mushâsh. La foule de gens parmi les Mecquois qui soutenait Muhammad Ibn Ja'far, les Noirs qui travaillaient dans les carrières et les tribus qui avaient reçues leurs soldes rallièrent tous Muhammad Ibn Ja'far. Il les prépara alors afin de combattre à Bi°r Maymûn. Ishâq Ibn Mûsâ et Waraqâ Ibn Jamîl, accompagnés de leurs commandants et leurs troupes, s'approchèrent et engagèrent le combat contre eux à Bi°r Maymûn, et un nombre considérable de gens des deux camps mourut ou fut blessé. Ishâq Ibn et Waraqâ se retranchèrent dans leur campement, puis revinrent à l'assault un jour après et reprirent le combat contre l'ennemi.

 

 

Muhammad Ibn Ja'far et ses troupes furent mis en déroute. Lorsque Muhammad pris conscience de cela, il envoya un groupe d'émissaires de Quraysh, incluant le Qâdî de La Mecque, afin de demander [aux généraux 'Abassides] une garantie de protection de sorte qu'ils puissent évaquer La Mecque et partirent là où ils le souhaitaient. Ishâq Ibn Mûsâ et Waraqâ Ibn Jamîl consentirent à cette reqûete et leur garantirent une période de sûreté d'une durée de 3 jours. Lors du mardi, Ishâq et Waraqâ Ibn Jamîl entrèrent victorieux à La Mecque. Ceci eut lieu durant le mois de jumâdâ al âkhir. Waraqâ gouveran alors La Mecque au nom de Al Julûdî. Les Tâlibides fuirent la ville, les divers groupes qu'ils composaient partirent dans diverses directions. Quant à Muhammad Ibn Ja'far, il partit pour Juddah, puis se rendit non loin de Juhfah. Malgré tout, il fut intercepté par un client des Abassides prénommé Muhammad Ibn Hakîm Ibn Marwân. Les Tâlibides [dirigés par 'Alî Ibn Muhammad Ibn Ja'far et Al Husayn Ibn Al Hasan Al Aftas] avaient auparavant spoliés Muhammad Ibn Hakîm de sa maison et l'avaient violemment maltraité, lui qui était un agent et un garde pour l'un des Abbassides de la famille de Ja'far Ibn Sulaymân [Ibn 'Alî Ibn 'Abdi Llâh Ibn 'Abbâs] habitant La Mecque. Depuis lors, il avait rassemblé un contingent d'esclaves appartenant aux 'Abbassides travaillant dans les jardins et les roseraies, et intercepta probablement Muhammad Ibn Ja'far entre Juddah et 'Usfân. Il déposséda et déshabilla Muhammad de tout ce qu'il avait pris avec lui de La Mecque et ne lui laissa que sa culotte, et tenta même de le tuer. Mais finalement, il lui balança une chemise, un turban, un manteau et quelques dirhams avec lesquels il pourrait tenter de survivre.

 

 

Muhammad Ibn Ja'far se remit ensuite en route et arriva à Juhaynah, sur la côte [de la Mer Rouge]. Il y resta jusqu'à ce que la période du Pèlerinage se termine, réunissant près de lui ses partisans en attendant, et combattit à de nombreuses reprises, à Shajarah et ailleurs, contre le gouverneur de Médine Hârûn Ibn Al Musayyab. La raison de ces affrontements est que Hârûn Ibn Al Musayyab envoya des hommes afin de capturer Muhammad Ibn Ja'far. Lorsque ce dernier ce rendit compte de cela, il marcha contre Hârûn, accompagné des forces qu'il avait réuni autour de lui, jusqu'à atteindre Shajarah. Hârûn se deplaça alors pour le combattre et engagea la bataille. [Trop peu nombreuses] les forces de Muhammad Ibn Ja'far furent défaites. Il perdit lui-même un œil suite à un tir de flèche, et une grande partie de ses hommes fût tuée. Suite à cela, il se retira et retourna dans son tout premier campement, attendant la fin du Pèlerinage [dans l'espoir que des pèlerins de retour veuillent bien rejoindre sa cause], mais aucun de ceux qui lui avaient donné parole ne pointèrent le bout de leur nez. Lorsqu'il vit cela, tandis que la période du Pèlerinage était terminée, il fit la demande d'une garantie personnelle de sécurité auprès de Al Julûdî et de Rajâ° [Ibn Abi-d-Dahhâk], le cousin paternel de Al Fadl Ibn Sahl. Rajâ° lui donna les garanties, de la part de Al Ma°mûn et Al Fadl Ibn Sahl, qu'il ne serait personnellement pas inquiété et que la promesse de sécurité serait pleinement honorée [en échange de l'abandon de sesprétentions à la gouvernance]. Il accepta volontiers ces conditions et Rajâ° l'amena à La Mecque, 8 jours après la dispersion des Pèlerins de La Mecque pour Minâ, le dimanche 19 dhu-l-hijjah. 'Îsâ Ibn Yazîd Al Julûdî et Rajâ° Ibn Abi-d-Dahhâk ordonnèrent que le minbar soit établi et disposé entre le coin de la Ka'bah et le maqâm [de Sayyidunâ Ibrâhîm ()], exactement au même endroit où avait eu lieu l'homme rendu à Muhammad Ibn Ja'far [lors de sa proclamation de Calife]. Le peuple, Quraysh et le reste des gens furent réunis par Al Julûdî qui se posta sur le minbar avec Muhammad Ibn Ja'far que se tenait une marche en dessous de lui, habillé d'un court manteau noir et d'une cape noire, mais sans porter d'épée, ce qui était un signe de désinvestissement formel du pouvoir. Puis, Muhammad se leva et délivra le discours suivant :

 

 

" Ô gens ! Ceux qui me reconnaissent me connaissent déjà depuis un certain temps, quant à ceux qui ne me connaissent pas, je suis Muhammad Ibn Ja'far Ibn Muhammad Ibn 'Alî Ibn Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib. Au départ, j'avais prêté allégeance à l'adorateur de Dieu, l'Emir des croyants 'Abdu Llâh, une allégeance pleine d'écoute et d'obéissance à laquelle j'avais souscrit en toute liberté et non pas par contrainte. J'étais l'un des témoins qui attestèrent, auprès de la Ka'bah, des doccuments de succession de Hârûn Ar Rashîd concernant ses deux fils, Muhammad le déchu et l'Emir des croyants 'Abdu Llâh Al Ma°mûn. Puis, en effet, éclatèrent des conflits menant à la guerre civile qui s'étendirent de partout, nous impliquant ainsi que d'autres, et on me rapporta l'information comme quoi 'Abdu Llâh Al Ma°mûn était décédé. Cette information m'amena à la position où l'on me rendit hommage en tant qu'Emir des croyants, et je considerais cet hommage comme légalement valide étant donné mon respect de l'observance de l'allégeance prêtée auparavant à 'Abdu Llâh, l'Imâm, Al Ma°mûn. Vous m'avez donc rendu hommage, où tout du moins, certains parmi vous m'ont rendu hommage. Mais désormais, la nouvelle m'est parvenue, et j'y prête foi, qu'il est bel et bien vivant. Ainsi, j'implore le pardon d'Allâh pour vous avoir conduit à me prêter allégeance, et je rompts l'allégeance que vous m'avez prêté de la même manière que je retire cette bague de mon doigt. Je retourne ainsi au statut de musulman ordinaire, les musulmans n'ont donc plus d'obligation d'allégeance à mon égard, et je me retire complètement de toutes ces affaires. Allâh a ainsi rétablis l'autorité du véritable Calife 'Abdu Llâh Al Ma°mûn, l'Emir des croyants. Louange à Allâh Le Seigneur des mondes, et que le Salut soit sur Muhammad le Sceau des Prophètes. Adieu ô musulmans ! "

 

 

Puis il descendit du minbar et 'Îsâ Ibn Yazîd Al Julûdî partit avec lui pour l'Irak, laissant derrière lui son fils Muhammad Ibn 'Îsâ comme gouverneur de La Mecque en 201 H. 'Îsâ et Muhammad Ibn Ja'far voyagèrent jusqu'à ce que 'Îsâ le remit à Al Hasan Ibn Sahl, qui l'amena ensuite, sous la garde de Rajâ° Ibn Abi-d-Dahhâk, auprès de Al Ma°mûn, dans la ville de Merv. "

 

 

Et Al Hâfiz Adh Dhahabî a dit en conclusion de la biographie qu'il lui consacra dans son Siyar :

 

 

" Peu de temps s'écoula avant qu'il ne décède. Il avait coutûme de jeûner un jour sur deux. Sa mort survint à Jurjân, au cours du mois de sha'bân. Al Ma°mûn dirigea sa prière mortuaire et descendit lui-même jusque dans la tombe [pour y déposer son corps]. Il dit à ce moment : " Voici un lien de familiale qui avait été rompu durant des années ! " On a dit que la cause de sa mort était que, alors en état d'impureté rituelle majeure, il se rendit au hammam [pour se purifier], mais fut soudainement victime d'une hémorragie et mourut sur le champ. Il décéda en 203. "

 

 

Qu'Allâh agrée le noble et valeureux Muhammad Ibn Ja'far Ad Dîbâj, et que La Grâce et la Paix d'Allâh soient sur le Messager d'Allâh, ainsi que sur sa famille et l'ensemble de ceux qui les suivirent. Allâhumma âmîn.