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Al Hârith Al Muhâsibî - الحارث المحاسبي (d.243)

Fév 21, 2014

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Il fut l'un des célèbres représentants et défenseurs du sunnisme en son temps, ainsi qu'un soufi de renom célèbre pour ses introspections critiques (muhâsabah).

 

 

Al Hâfiz Shams Ud Dîn Adh Dhahabî a dit de lui dans son Siyar A'lâm In Nubalâ° :

 

 

" L'ascète, le Connaissant (al 'ârif), le Shaykh des soufis Abû 'Abdi Llâh Al Hârith Ibn Asad Al Baghdâdî Al Muhâsibî, l'auteur d'un certain nombre d'ouvrage dans le domaine de l'ascèse.

 

 

Il rapporta le hadîth seulement de Yazîd Ibn Hârûn. Rapportèrent de lui : Ibn Masrûq, Ahmad Ibn Al Qâsim, Al Junayd, Ahmad Ibn Al Hasan As Sûfî, Ismâ'îl Ibn Ishâq As Sirâj et Abû 'Alî Ibn Khayrân Al Faqîh...

 

 

Al Khatîb a dit : " Il composa de nombreux ouvrages dans le domaine de l'ascèse, les fondements de la religion, ainsi qu'une réfutation des mu'tazilites et une autre des rafidites. "

 

 

Al Junayd a dit : " Son père mourut alors qu'il disposait d'une grande fortune. [Al Muhâsibî] dit alors : " On hérite pas des gens des sectes. " Son père était un chiite septimain (wâqifî). ". "

 

 

Abu-l-Hasan Ibn Muqsim a dit : " Abû 'Alî Ibn Khayrân nous a dit : " J'étais avec Al Muhâsibî lorsqu'il dit à son père : " Divorce de ma mère, tu adhères à une certaine religion, tandis que ma mère adhère à une autre. ". ". "

 

 

Al Junayd rapporta : " Al Hârith m'a dit : " Comment dis-tu, ma solitude est ma confidente ? Quant à moi, si la moitié des créatures s'approchait de moi, je ne trouverai aucune confidente en elles, et si l'autre s'éloignait de moi, leur délaissement ne me pèserai nullement ! " Un jour, Al Hârith passa devant moi, je vis sur son visage qu'il souffait de faim. Je l'ai alors invité et lui ai amené différents plats. Il prit une bouchée, puis la recracha, se leva et partit sans me dire un mot. Lorsque je le revis, je lui fis part de ma déception et il me répondit : " Mon dénuement était vraiment extrême, mais si une nourriture n'est pas agréée pour moi [par Allâh], alors une mauvaise odeur remonte jusqu'à mes narines et je n'ai donc pu l'accepter. ". "

 

 

On rapporte que Al Hârith a dit : " La quintessence de l’Homme est la faveur [en rendant grâce plutôt qu'en recherchant sans arrêt la justice], et la quintessence de la raison est la conformité (at tawfîq) [en faisant des choix à la fois conformes à ce qu'Allâh décrète et veut selon Ses Commandements]. "

 

 

Et il a dit aussi : " Le fait d'abandonner le bas-monde tout en y pensant est la particularité des ascètes, et le fait d'abandonner le bas-monde en l'ayant complètement oublié est la particularité des Connaissants (al 'ârifîn). "

 

 

Je dis : Al Muhâsibî avait un très haut rang. Il se pencha cependant sur la théologie discursive (al kalâm) et on lui reprocha cela. Il est rapporté que l'Imâm Ahmad fit ses éloges d'un côté, mais mit en garde à son encontre de l'autre [à cause de cela].

 

 

Sa'îd Ibn 'Amr Al Bardha'î a dit : " J'ai vu Abû Zur'ah Ar Râzî être interrogé au sujet de Al Muhâsibî et ses livres. Il répondit : " Je te mets en garde contre ses livres. Ce sont des livres remplis d'innovations et d'égarements. Je te conseille plutôt de te limiter aux athar car tu y trouveras ce qu'il te faut. Vous est-il parvenu que Mâlik, Sufyân ou Al Awzâ'î aient rédigé des ouvrages traitant des pensées furtives (al khatarât) et des suggestions compulsives (al wasâwis) ? Combien les gens sont prompts à se diriger vers l'innovation ! ". "

 

 

Et Ibn Al A'rabî a dit : " Al Muhâsibî a étudier le droit, recensé le hadîth et plongé dans les doctrines des dévôts. Il avait un haut rang en matière de savoir, mais il s'est prononcé sur la question du vocable [du Qur°ân] et la problématique autour de la foi [augmentant et diminuant au fil des actes commis].

 

 

Il est dit que Ahmad s'éloigna de lui et qu'il se reclut pendant un moment. Il décéda en 243. "

 

 

Les critiques rapportées à son encontre le sont de manière authentique, mais sont clairement abusives. L'Imâm Al Muhâsibî ne voulu que défendre la sunnah en mettant les hérétiques face à leur égarements et contradictions en utilisant leurs propres méthodologies pour mieux les confondre, et ceci avec un succès qui profita grandement au sunnisme. Qui plus est, le seul suivi des athar, parfois douteux, ne fut pas toujours une méthodologie adaptée et égara bien des gens à travers les lieux et les époques, ce qui n'est pas le cas des livres de Al Muhâsibî.

 

 

Et Hujjat Ul Islâm Abû Hâmid Al Ghazâlî a dit dans son Qawâ'id Ul 'Aqâ°id :

 

 

" Ibn Hanbal exagéra dans sa critique du kalâm au point de rompre toute relation avec Al Hârith Al Muhâsibî, ceci malgré la piété et l'ascétisme qui le caractérisaient. L'Imâm Ahmad lui reprochait d'avoir rédigé un ouvrage réfutant certaines hérésies de théologiens dialectiques. Ahmad lui dit : " Malheureux ! Tu rapportes leurs hérésies avant de les réfuter ! Tu donnes ainsi l'opportunité aux gens de les connaître et de réfléchir sur ces ambiguïtés, ce qui ne peut qu'encourager au suivi de l'opinion personnelle et à la spéculation basée sur la raison ! ". "

 

 

Cette intolérance fit de grands ravages au sein des ahl us sunnah, visibles encore jusqu'à nos jours où l'animosité entre hanbalites et théologiens dialectiques, aussi futile qu'inutile, demeure tenace et ne fait que disperser les rangs face à des problématiques bien plus profondes et dangereuses pour la communauté islamique.

 

 

Et l'Imâm Abu-l-Qâsim Al Qushayrî a dit dans son ouvrage Ar Risâlah Fî 'Ilm It Tasawwuf concernant l'Imâm Al Muhâsibî :

 

 

" Il était unique en son temps en terme de connaissance, de piété, de dévotion et d'états spirituels. Il était originaire de Bassora et mourut à Baghdad en 243.

 

 

Il est rapporté qu'il hérita une somme de 70 000 dirhams de son père mais qu'il n'en prit absolument rien. Il est dit que cela est à cause du fait que son père était qadarite et qu'il considéra en conséquence qu'il n'était pas scurpuleux de recevoir quoi que ce soit de cet héritage. Et il y a un hadîth notoire dans lequel le Prophète a dit :" Deux personnes de deux reliions différentes ne peuvent hériter l'une de l'autre. "

 

 

Muhammad Ibn Al Husayn nous rapporta de Al Husayn Ibn Yahyâ le rapportant de Ja'far Ibn Muhammad Ibn Nusayr dire : " J'ai entendu Muhammad Ibn Masruq dire : " Lorsque Al Hârith Ibn Asad Al Muhâsibî décéda, il ne possédait pas un seul dirham. Son père lui avait légué une terre et des biens immobiliers, mais il n'en prit jamais rien. ". " Et j'ai entendu notre maître Abû 'Alî Ad Daqqâq dire : " Lorsque Al Hârith Al Muhâsibî tendait sa main vers une nourriture qui s'avérait douteuse, une veine de son doigt se mettait à trembler, et alors il s'en abstenait. "

 

 

[L'éminent saint] Abû 'Abdi Llâh Ibn Khafîf a dit : " Suivez l'exemple de cinq de nos maîtres et pensez du bien des autres. Il s'agit de Al Hârith Al Muhâsibî, Al Junayd Ibn Muhammad, Abû Muhammad Ruwaym, Abu-l-'Abbâs Ibn 'Atâ° et 'Amr Ibn 'Uthmân Al Makkî. Ils combinèrent le savoir [exotérique] avec la profonde réalité (al haqîqah). "

 

 

J'ai entendu Abû 'Abd Ir Rahmân As Sulamî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) dire : " 'Abdu Llâh Ibn 'Alî At Tûsî rapporta de Ja'far Al Khuldî le rapportant de Abû 'Uthmân Al Baladî que Al Hârith Al Muhâsibî a dit : " Celui qui a nettoyé son interne par l'introspection et la sincérité, Allâh embellira son extérieur avec de pieuses actions et le suivi de la sunnah.". " […] "

 

 

Qu'Allâh lui fasse miséricorde et lui offre les plus hauts jardins du Paradis pour demeure éternelle. Allâhumma âmîn.